Journaliste: Stéphane Fortier
Enfant, il cueillait des pissenlits et allait les vendre aux résidants de sa rue.
Avant le début de l'hiver 2001-2002 il avait signé un contrat de déneigement avec environ 300 clients et l'été,
il effectue des aménagements paysagers sur une centaine de terrains et de l'entretien sur 125 autres. À 25 ans,
David Desjardins, un Terrebonnien, compte déjà 10 ans d'expérience dans son domaine. Combien d'autres jeunes peuvent
en dire autant ?
Tout a commencé lorsqu'il avait 15 ans alors qu'il passait ses vacances d'été
à bosser pour un paysagiste. " Quand ce dernier m'a dit que j'étais trop jeune pour avoir des contrats, cela m'a piqué
et l'automne qui a suivi, je me suis acheté un carnet de factures, et j'ai signé huit clients à 75 $ payés d'avance,
ce qui m'a permis de m'acheter une souffleuse usagée ", relate David. À la dernière tempête de l'hiver,
cette année-là, sa machine rend son dernier souffle. S'il voulait continuer l'année suivante,
il avait alors besoin de l'aide de papa, ce qu'il a finalement eu. Pendant la saison estivale,
il continue de travailler avec le paysagiste et, dans les moments libres de la semaine,
il tond des gazons. " Je m'étais procuré une tondeuse de 135 $ que j'ai échangés,
en payant la différence, pour une neuve "relate-t-il. L'hiver suivant,
il signe avec 17 clients et, avec la souffleuse achetée grâce à la carte de crédit de son père,
il fait des déneigements tôt le matin et
après l'école. Le nombre de contrats se multiplient et entre-temps,
il suit des cours en aménagement paysager. À 17 ans, il enregistre sa propre compagnie.
" Lorsque j'ai obtenu mon permis de conduire, j'ai pu m'acheter une remorque.
Avec quatre souffleuses, avais-je le choix ? " À 70 contrats, David doit se procurer un équipement
lourd et il s'achète un tracteur, puis plus tard, une camionnette avec gratte.
Puis il monte à 90, 110, 120 clients. " Aujourd'hui, je suis propriétaire de deux tracteurs
et je dois en louer un autre ", dit-il. On est déjà loin de l'époque où, à 12-13 ans,
il pelletait des entrées pour qui voulaient s'éviter de devoir composer avec les maux
de dos et pourtant, on en est si près.
Cet hiver bizarre est une véritable bénédiction
pour les gens du déneigement comme David. " Nous sommes sortis 13 fois cet hiver,
37 fois l'année passée. Pour nous, ç'a été une très bonne année ", dit-il et ce,
même si les premières semaines du printemps l'ont accaparé.
David Desjardins, un nom décidément prédestiné pour l'aménagement paysager,
exerce le métier professionnellement depuis déjà sept ans. " Au début, je ne faisais que de l'entretien,
puis de l'émondage, de l'abattage et de l'essouchement, mais je me suis mis rapidement à l'aménagement paysager.
Aujourd'hui, j'ai une sous-contractante qui me fait des plans et je peux faire une centaine de terrains par année ",
affirme David qui embauche trois à quatre personnes par été. David aime le public et ses clients et il prend le temps
de les dorloter, les gros comme les petits. Chose certaine, la tête ne lui a pas enflé avec les années. "
Je peux cependant vous dire que la petite madame qui a encore besoin de faire tondre son gazon parce qu'elle
est aujourd'hui trop âgée, est aussi importante que le gros client, plus même ", s'avance-t-il.
Si David Desjardins réussit si bien en affaires, c'est certes grâce à son sens inné de la vente
et son entrepreneurship, mais c'est sans doute beaucoup à cause de sa façon de voir la vie. " "
Je n'ai jamais été inquiet dans la vie " , lance celui qui a même vendu des produits Avon étant adolescent.
" Je n'ai jamais eu de misère à convaincre le monde, mais j'ai toujours été franc avec eux ", avoue celui
qui, deux fois par année, ramasse plein de trucs et se loue une table au Marché aux puces de St-Eustache.
Comment envisage-t-il l'avenir ? J'aime ce que je fais. Je ne peux demander mieux. Il y a des gens qui
se sont partis en affaires très jeunes, comme moi, mais beaucoup ont abandonné en chemin, Pas moi ",
assure celui qui, au fil des ans, entend déléguer quelques-unes de ses responsabilités à des gens de confiance.
David entend aussi prendre le temps de vivre un peu. " Moi, travailler les fins de semaine, c'est non.
Mon grand-oncle, qui a aujourd'hui 90 ans, me dit,
lorsqu'on lui demande ce qu'il veut faire,
qu'il attend de mourir. Sa ferme vaut aujourd'hui 10 M$, il a son nom écrit sur d'immenses silos,
mais n'a jamais profité de la vie. Il a commencé à travailler à 7 ans et pendant des décennies,
a travaillé 7 jours par semaine. Il a passé à côté de la vie, il le dit lui-même ",
affirme David. Lui, en tout cas, n'a pas l'intention de passer à côté.